Voici un texte inspiré d'une jeune fille que je croise souvent. Un jour, j'ai commencé à la dessiner. Le lendemain, la jeune fille au manteau bleu électrique s'est assise en face de moi dans le tramway ! J'ai souri.







La jeune fille au manteau bleu électrique

Le regard étonné. Pourtant elle semble savoir exactement ce qu’elle fait. Pas de sac à main. Son manteau bleu et ses bottes noires.
Observatrice. Elle regarde les gens. Elle étudie.
Elle sait exactement où elle va. Elle prend le tram à une station déserte, au milieu des facs, entre deux espaces verts. Attention à toi, jeune fille, le soir quand tu rentres.
Elle trottine, les mains dans les poches bleues. Sa longue queue de cheval se balance au rythme de son déhanché. Mignon. Elle m’apparaît souvent, bien trop souvent pour croire que ces rencontres sont des coïncidences.
Trottine, trottine...
Elle sait exactement ce qu’elle fait.
Les petites bottes noires toujours aux pieds, le petit éclair bleu longe les façades à peine chauffées par le pâle soleil d’hiver. Je retrouve toujours la jeune fille à une station de tram, toujours. J’en suis presque déçu, je pensais qu’elle s’évaporait, passant d’un lieu à un autre dans un nuage bleu électrique.
Trottine, trottine...
Aujourd’hui, elle semble ne pas voir les gens. Son regard transperce les corps, à quoi songes-tu ? Les yeux grand ouverts, la vie défile devant elle. Ces gens qui se débattent avec le quotidien. Pourtant, c’est elle la vie. Elle l’incarne merveilleusement avec sa fraîcheur, son insouciance à peine brouillée par une sagesse perceptible dans ses yeux ébène.
Je n'ose pas t’aborder, tu sembles inaccessible, je ne veux pas briser ce doux instant posé en équilibre sur le monde agité.
Elle flotte dans l’instant, elle se meut, fantôme bleu dans le maelström terrestre. Elle entre dans la rame du tram, tous les regards se posent sur elle. Une impression ? Les passagers dessinent un mouvement commun vers elle, attractive. Elle dompte le temps, il s’étire indéfiniment vers un possible futur. Sibylle d’azur. Elle recueille nos questionnements, nos peurs, nos espoirs. Elle apaise le moment pénible du plongeon dans la longue journée de travail.